vendredi, 26 août 2011

Propos racistes sur les réseaux sociaux: où est passée la droite républicaine?

Article paru dans la rubrique "Opinions" du Temps d'aujourd'hui - «Pic nic rom a Plainpalais!» C’est sous ce titre évocateur que mon collègue constituant Michel Chevrolet (PDC) publie il y a quelques jours sur Facebook, comme il en a l’habitude, une photo prise avec son smartphone. Sa collègue de parti Ornella Grillet, élue municipale, enchaîne sur le ton de l’ironie dans l’espace virtuel destiné à accueillir les commentaires: «Ce sont des gens sympathiques qui nous lavent nos vitres de voitures, qui pick-nick dans les parcs en laissant les déchets et qui en plus nous volent… franchement je ne sais pas de quoi on se plain…»

Rapidement, la discussion dérape. A un participant leur rappelant que le slogan du PDC était «Au centre, l’humain», un autre répond: «Au centre le rom… avec une grenade dégoupillée au milieu. Ou comment envoyer, gratuitement, les 1er roms dans l’espace. Mais seulement billet aller.» Un autre: «Ça tombe bien il me reste un petit stock de napalm…» Ces commentaires sont ponctués de «smileys». Manifestement, leurs auteurs doivent se considérer comme des émules de l’«humoriste» Dieudonné, ou plus récemment d’un militant UDC exclu par son parti pour avoir proposé, soi-disant pour rire, de «balancer des pieds de porc dans les mosquées», toujours sur Facebook.

Mais, dans la même discussion, d’autres sont très sérieux: «S’ils daignaient vivre comme on vit en Suisse et donc s’adapter, peut être ne seraient-ils pas traité comme des animaux. […] Et en plus pour en avoir cotoyé de près… j’ai l’impression que l’hygiène était mieux élaborées en des temps reculés.» Avant que le premier, plus loin dans la discussion, ne conclue par un révélateur: «Si tout le monde les traite comme ça, y’à bien une raison… non?»

Pourquoi rapporter ici de manière détaillée ces échanges? Parce qu’ils sont révélateurs d’une profonde dérive dans le débat politique suisse. Inciter publiquement à la haine ou à la discrimination envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur appartenance raciale, ethnique ou religieuse, cela porte un nom. Il s’agit de discrimination raciale, un délit dans l’ordre juridique suisse, poursuivi d’office.

Appeler au meurtre de membres d’un groupe ethnique, les dénigrer et justifier les discriminations dont ils sont les victimes tombent très vraisemblablement sous le coup de la loi. A bon entendeur. Car les propos tenus sur les réseaux sociaux ne le sont pas forcément dans un cadre privé, en particulier lorsque les 5000 «amis» de M. Chevrolet y ont accès. Malheureusement, leurs auteurs ne semblent pas avoir conscience du caractère répréhensible de leurs actes. Les membres de Facebook agissent en principe sous leur vrai nom.

Est-il utile de rappeler que les Roms ont également été l’objet du génocide perpétré par le régime nazi durant la Seconde Guerre mondiale? En tant que petit-fils d’un résistant juif, mais aussi parce que je me bats depuis des années contre les discriminations dont sont victimes les personnes qui, comme moi, sont atteintes d’un handicap, je ne peux plus rester silencieux face à de telles dérives. Si l’on tenait de tels propos au sujet de Juifs ou de personnes handicapées, cela ferait scandale. A juste titre. Dès lors, je ne peux pas me taire. C’est mon devoir de m’indigner contre un tel lynchage verbal.

Certes, la comparaison avec les années 1930 a été abondamment utilisée, pas toujours à bon escient. Il n’en demeure pas moins que, à force de surenchère dans la xénophobie et la recherche de boucs émissaires, il faut reconnaître que l’on retrouve aujourd’hui les mêmes mécanismes à l’œuvre que durant cette sombre période. En substance, tous les mendiants sont des Roms, tous les Roms sont des mendiants, et les Roms sont responsables de tous les maux de la République. Certes, Monsieur Chevrolet et Madame Grillet, élus, n’ont eux-mêmes rien commis d’illégal. Là n’est pas le propos. Mais, certainement sans en avoir conscience, ils contribuent à un climat politique encourageant des dérives intolérables. Et ce climat n’est plus l’apanage de l’UDC.

Certes, Monsieur Chevrolet parle, pour lutter contre la mendicité, d’abris d’urgence et de distribution alimentaire, d’aide dans le pays d’origine des Roms. C’est courageux, car j’ai peu souvent vu la droite se montrer si généreuse. On préfère en général reprocher à la gauche des propositions de ce type, qualifiées d’angélistes. Toujours est-il que, face à la mendicité, le tout répressif s’est révélé à la fois inefficace et coûteux. On peut discuter de la réponse à apporter à la mendicité, qui n’existerait pas, selon la définition qu’en ont donnée les tribunaux, si les inégalités étaient moins criantes et que chacun avait de quoi assurer sa subsistance.

Mais faire croire, comme semble le laisser entendre Monsieur Chevrolet et quelques élus de droite, que les Roms sont responsables de ce problème – car c’en est un – ainsi que de la criminalité, c’est un mensonge éhonté. Non, les socialistes et la gauche ne vivent pas dans un monde de «bisounours»; j’ai moi aussi été victime d’une agression gratuite récemment, par chance sans gravité; je suis chaque jour confronté à la mendicité. Mais je n’ai jamais eu de problème avec la communauté rom. Quand bien même c’eût été le cas, jamais, en tant qu’élu, il ne me serait venu à l’esprit d’en rendre responsable une communauté entière.

Où est passée la droite républicaine? Celle qui, en Norvège, a continué de défendre une société ouverte et multiculturelle, l’antidote à la violence politique? Il est trop facile, et peut-être dangereux, de penser que Brevik est seulement un «forcené» isolé…

09:06 | Tags : droite, racisme, roms, discrimination | Lien permanent | Commentaires (20) |  Imprimer | |  Facebook | | |