vendredi, 22 février 2013

La "droite humaniste" n'est plus qu'une vieille chimère

La Commission des institutions politiques du National propose de serrer la vis sur les conditions de naturalisation.

Toute l'hypocrisie du discours de droite est là. Prétendre que la naturalisation, c'est si facile: "pourquoi demander les droits politiques pour les étrangers?", nous ont sans cesse répété, durant les travaux de la Constituante, nos collègues de droite qui y étaient opposés... Puis durcir drastiquement les conditions de naturalisation, déjà très restrictives en comparaison internationale.

Donner des leçons d'intégration, en s'arrangeant pour priver de citoyenneté le plus de migrant-e-s possible (pour bien savonner la planche). Stigmatiser les jeunes de 2e génération et nier la réalité des personnes admises provisoirement, sous prétexte qu'«on ne veut pas d'un statut provisoire qui dure». Qu'ls restent donc en marge!

Sur Facebook, Andreas Dekany s'en prend en ces termes à une récente décision du Conseil municipal de la Ville de Genève: "Le Conseil municipal invite la Ville de Genève à engager des apprentis sans statut légal...Ne faudait-il pas d'abord faire en sorte que les jeunes avec statut légal à Genève puissent effectivement trouver une place d'apprentissage, avant de s'occuper des jeunes sans statut légal?"

Bien sûr, la question est biaisée. Le but est de faire croire, sans naturellement le démontrer, que les jeunes sans-papiers prennent la place des gens d'ici. Comme si eux étaient "d'ailleurs", quand bien même ils ont fait leur scolarité à Genève. Pour ne pas se dire opposé à l'accès des sans-papier à des places d'apprentissage, on préfère en somme introduire le concept de "préférence à ceux qui ont déjà des papiers". On évite de répondre à la question: l'absence d'autorisation de séjour prive-t-elle une personne de tout droit, à l'image de l'ancienne institution juridique de la mort civile? Autrement dit, on ne parle pas ici de garantir une place à chaque sans-papier, mais juste de ne pas leur fermer la porte à toute possibilité de suivre un apprentissage.

Quand je vois de telles prises de position, je me dis que la "droite humaniste" n'est plus qu'une vieille chimère, dont les dernières manifestations se font de plus en plus rares (je les salue au passage, en espérant qu'elles le soient moins). Non seulement ces positions me déçoivent de la part de personnes que je considérais comme modérées et ouvertes, mais ce virage à droite, réclamé aussi par ceux qui prônent inlassablement l'alliance avec l'UDC et le MCG, ne sera pas une planche de salut électorale pour une Entente apparamment déboussolée, contrairement à ce que la connotation populiste mise en évidence à juste titre par Grégoire Barbey pourrait laisser penser. Celles et ceux qui sont sensibles à ce type de discours préféreront toujours l'original MCG/UDC, les autres fuiront vers les nouveaux partis de centre-droit, voire plus à gauche si les premiers n'ont pas un discours alternatif à proposer. Luc Barthassat, par exemple, semble l'avoir compris.

Finalement, je préfère encore, à tout prendre, le discours ouvertement opportuniste des transfuges MCG ("les partis ne sont que des véhicules") à celui qui essaie de couvrir le rejet de l'autre par un vernis de bien-pensance. C'est moins hypocrite.

 

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