mercredi, 31 juillet 2013

Le 1er août, les personnes handicapées devront-elles rester à la maison ?

Nous serons nombreuses et nombreux ce jeudi à célébrer la Suisse. D’aucuns, dont je fais partie, se demandent si la date symbolique du 1er août est vraiment la plus appropriée[1]. Je participe à ce débat, tout en participant aussi aux festivités du 1er août dans ma commune.

Hélas, il n’en va pas de même pour toutes et tous les citoyens de ce pays.

Si la plupart d’entre nous peuvent se rendre sans problèmes sur les lieux des festivités de toutes nos communes et peuvent entendre les discours de nos édiles, il n’en va pas de même pour celles et ceux d’entre nous qui vivent avec certains handicaps.

En effet, rien qu’à Genève, aucune des communes n’indique sur les invitations adressées à la population communale si les festivités sont accessibles aux personnes qui se déplacent en fauteuil roulant.

Un signe, un petit logo, voilà qui suffirait à l’indiquer pour qu’une personne n’arrive pas aux festivités et doive rebrousser chemin confrontée à des marches ou obstacles plus insurmontables encore. Quel stigma qu’on devrait éviter à toute et tout citoyen venant à nos festivités.

Un message par ailleurs, une ligne, sur l’invitation suffirait également pour indiquer que le discours d’un-e édile sera imprimé et disponible pour les personnes sourdes ou malentendantes ou toute autre personne souhaitant suivre le discours sur papier. On n’en appréciera pas les finesses oratoires, certes, mais ainsi chacune et chacun de nos concitoyens pourraient véritablement suivre les festivités.

La constitution suisse nous dit, dans son préambule, que « la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ». Rien en une personne handicapée n’en fait une personne faible, mais sa situation nécessite de la part de la communauté un effort d’intégration. Cet effort est d’autant plus important lors de moments symboliques car il en va alors de la force de rassemblement de la communauté. Les personnes handicapées qui se sont rendues le 1er juin à la commémoration du débarquement des troupes confédérées au Port Noir n’ont pas dit autre chose[2].

Le 1er juin justement entra en vigueur la constitution de la République et canton de Genève du 14 octobre 2012. Une nouvelle constitution qui garantit aux personnes handicapées le droit d’accéder aux lieux et prestations destinées au public et de communiquer avec l’État sous une forme adaptée à leurs besoins et à leurs capacités (art. 16, al. 1 et 2, Cst-GE), et qui reconnaît la langue des signes (art. 16, al. 3, Cst-GE), donnant en somme à l’État un mission d’intégration des personnes handicapées (art. 209 Cst-GE).

Il y a donc bien de l’espoir pour que le 1er août 2014 les communes de notre canton aspirent à la participation de toute la population aux festivités de notre pays.


[1] L’historien genevois Charles Heimberg écrivait à ce propos le 31 juillet 2008 sur son blog sur mediapart.fr que cette fête participe de l’invention d’une « tradition mythique d’une fondation médiévale de la Suisse », disponible sur http://blogs.mediapart.fr/blog/charles-heimberg/310708/la....

[2] Voir l’article publié dans 20 Minutes le 3 juin 2013 à ce sujet : http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/Sourds-mis-sur-l...

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Commentaires

BRAVO ET MERCI MAITRE !!! Gérard

Écrit par : Gérard Norilla | mercredi, 31 juillet 2013

Très bon article.Mais agissez rapidement car plus la personne vit seule moins elle a envie de participer .De guerre lasse pour finir ou elle ne sort plus que très rarement de chez elle et souvent avant 70 ans ou alors elle fait une tentative de suicide.
Parler c'est bien mais agir c'est mieux et surtout pour les plus jeunes qui deviendront âgés. C'est pour eux qu'il faut mettre en route tous les moyens pour que vos désirs ne restent pas lettre morte.
Les anciens faisaient tourner la roue de la vie sans initiative à chaque fois,imitez les !Faites comme eux qui ne se laissaient jamais influencer par les médias ou des ONG
Bon premier Aout pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | mercredi, 31 juillet 2013

"la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres"

Cela, je ne le constate pas tous les jours. Même plutôt le contraire, il est vrai qu'un grand nombre d'habitants ont de l'empathie a notre égard, nos familles nous aident, nos amis, nos associations mais d'autres nous discriminent fortement.
On nous traître de profiteurs, sans qu'ils ne connaissent rien de nous, certains se plaignent des dépenses que nous coûtons a la société, pourtant nous avons aussi cotisé a l'assurance invalidité et nous payons des impôts.
Pas besoin d'aller loin, les commentaires des blogs de la tribune de Genève sont remplis d'exemples. Certains nous regardent avec mépris ou compassion.
Pourtant, nous sommes des personnes comme toutes les autres. Ceux qui le peuvent travaillent et/ou sont, de toute façon, obligés a être (ré)inséré.

Nous ne sommes pas les seuls:
Combien d'handicapés abandonnés a leur sort? Combien d’aînés solitaires avec leurs handicaps? C'est aussi difficile pour les familles et proches aidants.
Rien que dans mon immeuble, 3 rentiers sont décédés ces 2 dernières années, seul et abandonné. Personne ne s'inquiétait pour eux malgré les constitutions fédérale et cantonale.
Nous nous soutenions les uns et les autres pour des choses vitales: faire les commissions d'achats de nourriture, les paiements a la poste, les choses de la vie courante. Les aînés le font aussi entre eux et dans bien des immeubles genevois.
Mieux vaut éviter l'Etat.
Pire, on se fout de nous, lorsqu'on demande de l'aide a l'Etat. Cela m'est arrivé a plusieurs reprises et plusieurs fonctionnaires dans divers services cantonaux.

L'insertion est considéré comme un échec, de nos jours. Pas de la faute des handicapés, loin de la.

Ce qu'il faut, c'est une société inclusive qui inclus tout le monde.

Pas que le 1er Aout, car pour beaucoup des nôtres c'est loin d’être une préoccupation vitale, malheureusement.

Je suis très fier de connaitre plusieurs candidats au Grand Conseil avec des handicaps, j'en fait partie. Espérons que les choses changent aussi en politique, car cela devient une obligation de survie.

Marre des constitutions qui ne sont pas ou peu appliquées.

Tiens, juste cette après-midi, a la rue de l'Ecole-de-Médecine, une invalide en chaise roulante électrique, devait attendre en plein soleil devant le magasin du glacier, qu'on lui apporte sa glace. Impossible pour elle de rentrer comme les autres clients. C'est cela, notre vie tous les jours.
Quelle chance de réussir a sortir comme tout le monde.
Pour beaucoup, c'est Vivre, presque comme tous. Une grande joie, une grande victoire sur le handicap.
Il manque des logements adaptés pour ceux qui en ont besoin sur le long terme et cela peut aussi être pour une courte a moyenne durée pour tous après une opération.
Pour nos rentiers les plus pauvre, une égalité d'aide communale a été refusé par nos députés. Il est vrai que notre canton est un peu plus généreux au niveau Suisse grâce aux prestations complémentaire cantonales. Tout est plus cher a Genève, aussi.

Merci Cyril Mizrahi pour votre engagement envers les personnes et les familles qui vivent tous les jours le handicap. Je vous souhaite, de tout cœur, d'être élu Député de notre république.

Écrit par : Steve ROECK | mercredi, 31 juillet 2013

Bravo pour cet article, maman d'un jeune homme trisomique de 23 ans je me demande en effet où sont donc les personnes handicapées... pas dans la rue, pas dans les restaurants ni dans les bars, peu ou pas dans les manifestations culturelles... alors au 1er août? Mon fils participe à beaucoup d'activités culturelles et récréatives de notre ville cet été... mais il est souvent le seul handicapé parmi une foule immense... pourquoi? Où sont-elles cachées les personnes handicapées alors que c'est l'été?

Écrit par : Albrecht | mercredi, 31 juillet 2013

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