vendredi, 05 novembre 2010

Votations sur le renvoi: le PS dit 2XNON, la direction nationale brouille le message

En principe, je réserve mes (rares) critiques de la direction de mon parti bien-aîmé... à la direction elle-même. Il n'est jamais bon d'afficher des divisions internes. C'est pourtant ce qu'a choisi de faire la direction du PSS. Il est en général sage de ne pas imiter ce que l'on reproche à d'autres. 99 fois sur 100, je m'y tiens, et tiens ma langue. Mais en lisant les médias qui se font l'écho de la conférence de presse du PS suisse de ce matin, je ne peux pas me taire. Je suis ulcéré.

Je n'en crois pas mes yeux: c'est la première fois que je vois la direction du PSS communiquer de manière si floue, en relayant à la fois les arguments des partisans et des opposants au contre-projet sur le renvoi. La position de la base est pourtant claire: c'est deux fois non à la double peine et à la stigmatisation des étrangers, par 288 voix contre 144. A Genève, le 2xNON a été décidé à l'unanimité!

C'est le crime qui doit être puni, et ce de la même manière quelle que soit l'origine de la personne qui le commet. Ni l'initiative ni le contreprojet n'apporteront davantage de sécurité à la population, mais les étrangers qui commettent un crime, en plus de s'acquitter de leur peine de prison, seront systématiquement expulsés, y compris celles et ceux nés ici. Contrairement aux Suisses, il n'auront pas de seconde chance. Un examen au cas par cas ne sera plus possible, même avec le contre-projet.

Que des élu-e-s du PS veuillent délibérément brouiller le message clair de la base en organisant une conférence de presse pour défendre le OUI au contre-projet sur les renvois, c'est déjà irresponsable. Mais que la direction du PSS en assure l'organisation et ne respecte pas le mandat de la base de dire 2xNON, c'est méprisant pour la démocratie interne et dangereux pour la cohésion et la crédibilité du PS.

Comment les électeurs et électrices vont-ils s'y retrouver s'ils reçoivent d'un même parti national deux messages contradictoires sur le même objet?

En l'occurrence, le PS Suisse et le PS genevois disent clairement 2xNON le 28 novembre et je vous encourage à en faire de même. Merci de soutenir également l'Appel des voisins en ce sens!

17:43 | Tags : ps, votations, renvoi, étrangers | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | |

mercredi, 16 juin 2010

6e révision de l'AI: que fout la gauche au Conseil des Etats?

Mes camarades du Parti socialiste suisse parlent beaucoup d'UBS, à raison. Mais ils sont étonnamment silencieux sur d'autres thèmes, par exemple la 6e révision de l'AI. Et pour cause. Stupeur en apprenant que seuls une socialiste et 2 Verts ont voté hier au Conseil des Etats contre ce projet discriminatoire et absurde (voir ma précédente note). A quoi sert la gauche si elle abandonne la sécurité sociale et les personnes handicapées? Merci à Liliane Maury Pasquier(PS/GE), Luc Recordon (Ve/VD) et Robert Cramer (Ve/GE), qui sauvent l'honneur...

Que la droite et le prétendu centre continuent d'obéir à l'UDC qui stigmatise les personnes atteintes dans leur santé et veut démanteler l'AI, ce n'est pas nouveau. Mais que 6* élu-e-s socialistes sur 9 soutiennent ce projet (1 ou 2) ou s'abstiennent (4; 2 personnes étant excusées), c'est insoutenable, c'est une trahison, ou de la bêtise (je ne sais pas ce qui est pire).

Comment peut-on soutenir (ou s'abstenir sur) un projet qui vise la suppression de 17'000 rentes d'ici 2018, sans aucune mesure même seulement incitative pour les employeurs? Comment peut-on se dire de gauche et soutenir un projet qui jette à l'aide sociale (ou à la charité) des milliers de rentiers et rentières dont l'état de santé n'a pas changé, au mépris des principes de l'Etat de droit?

On s'était habitués à ce que certains au PS ne comprennent qu'avec des difficultés notables ce que le service public signifie. On pouvait éventuellement comprendre, sans nécessairement approuver, le raisonnement ayant conduit certains à voter un contreprojet "un peu moins pire" que l'initiative scélérate et contraire au droit sur l'expulsion des délinquants étrangers.

Mais jusqu'où est-on prêt à aller dans la compromission? Renier l'Etat social, les droits fondamentaux? Sur l'AI, on ne peut pourtant pas argumenter que le texte voté sera "moins pire" qu'autre chose... Qu'est-ce qui peut donc justifier de cautionner une telle mise à sac de notre sécurité sociale?

Alors qu'à la Constituante, on a obtenu quelques progrès sur les droits des personnes handicapées, que l'on a même approuvé le droit de résister à l'oppression, à Berne des élu-e-s de gauche participent à rendre ces combats vains, renonçant à "résister" légalement à des lois discriminatoires!

Cela discrédite notre action. Cela me révolte, aujourd'hui je suis en colère!

*NB: Depuis la parution de ce billet, j'ai appris qu'un deuxième élu s'était excusé. Les chiffres ont été corrigés.

11:56 | Tags : ai, révision, handicap, droits, égalité, ps | Lien permanent | Commentaires (9) |  Imprimer | |  Facebook | | |

lundi, 20 octobre 2008

Regrets et remerciements

Souvent, les lundis des gens de gauche, après les élections et votations, ressemblent à des lendemains d’hier : on a un peu la gueule de bois. C’est comme ça quand on est minoritaires en politique, il faut s’y faire. Et puis quelques fois on a de bonnes surprises ; et d’autres encore, un goût aigre doux sur les lèvres. Ce lundi est de ceux-là.

Je partage en effet le sentiment général : pas assez de femmes et de jeunes élu-e-s à la Constituante. Beaucoup de vieilles gloires, d’universitaires, de notables. Cela dit, l’Assemblée qui sort des urnes est politiquement équilibrée ; elle n’est pas dominée par la droite et l’extrême droite. Et puis il n’y a pas que les caciques, de nombreuses personnes prêtes à débattre et à travailler ensemble ont aussi été élues.*

Et, bien sûr, je me réjouis d’en faire partie ! Je remercie sincèrement les personnes et les associations qui m’ont accordé leur confiance, m’ont soutenu, souvent au-delà des clivages partisans. Cela me touche non seulement personnellement, mais aussi pour les causes qui me tiennent à cœur et que j’ai mises en avant pendant la campagne. En tant que malvoyant, je me réjouis de pouvoir défendre l’égalité et l’intégration des personnes handicapées dans la future Assemblée.

J’entends utiliser ce blog, notamment, pour impliquer le plus de personnes à la réflexion et aux propositions. N’hésitez pas : même des remarques critiques sont toujours les bienvenues !

J’ai aussi envie de remercier mon parti. Celles et ceux qui me côtoient savent que je ne dis pas cela à la légère, que j’ai, comme d’autres, parfois la dent dure avec ma maison politique. L’engagement du PS genevois dans la campagne a été total, sur le fond et sur la forme. Même la Tribune le reconnaît aujourd’hui ;-) ! Notre secrétariat, les militant-e-s, les candidat-e-s se sont engagés à fond.

Mes remerciements vont aussi au parti suisse. Juste après la pause du week-end, il clarifie sa position et réagit de manière ferme à la décision de « donner » 60 milliards de francs sans contrepartie à l’UBS. La recapitalisation, que j’évoquai dans mon dernier billet, est la seule alternative équitable au détournement proposé. Ce PS courageux me rend « fier d’être un socialiste démocrate », comme le disait Olof Palme…

* A ce sujet, encore un petit regret : pourquoi Laurent Moutinot ne convoque-t-il pas, pour la préparation de la première séance, avec la plus jeune élue appelée à la présider… les plus jeunes de chaque liste ??

12:03 | Tags : constituante, constitution, jeunes, femmes, égalité, handicap, ps | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer | |  Facebook | | |

mardi, 09 septembre 2008

Etre socialiste aujourd’hui?

Debatsocialiste.jpg« Etre socialiste en Suisse aujourd'hui! » C’est le titre d’un débat organisé par le PS genevois ce soir (20 heures, UOG, Place des Grottes). En tant que vice-président, j'aurai le plaisir de dire quelques mots de bienvenue à notre invité Christian Levrat, président du PS Suisse.

Hier après-midi, un journaliste m’a appelé au sujet de ce débat : il cherchait pour une émission de radio un jeune « bien de gauche », du genre « conservateur ». Evidemment, j’ai tiqué…

Un peu plus tôt, mon père – ce « commerçant jovial » – m’a appelé. Il venait de parler de mes premières blogueries avec ma mère. « Tu te présentes comme un révolutionnaire, me reproche mon vert de père déçu, je pensais que tu étais plus consensuel ! »

Aïe, je suis donc à la fois conservateur et révolutionnaire ? Cherchez l’erreur… En plus, mon paternel me voyait consensuel… Peut-être que je suis un peu de tout ça après tout… Peut-être que de mon point de vue, être socialiste, c’est un peu de tout ça.

Ces étiquettes ne me plaisent pas trop, mais bon.

Si révolutionnaire veut dire proposer une autre vision de société, une alternative au néolibéralisme, alors oui, le socialisme devrait l’être. Mais si révolutionnaire veut dire accoucher d’un tel projet du jour au lendemain, brutalement, alors non, ce socialisme-là n’est pas le mien. Non seulement parce que cela serait voué à l’échec, l’Histoire le montre, mais surtout parce que je suis, comme le disait avec fierté Olof Palme, un socialiste démocrate.

Un monde différent ne se décrète pas par en haut, il se construit. Par en bas. Démocratiquement. Quoi de plus consensuel, après tout ? La politique des petits pas, oui, mais en avant, en gardant en tête l’objectif. Des compromis progressistes, oui. Des compromissions, non.

« Pourquoi fais-tu référence à ces personnalités du passé ? » m’interroge à son tour ma mère. C’est peut-être pour ça que tant de journalistes voient tant de conservateurs parmi nous – eux qui s’évertuent à penser que nous les détestons alors que nous nous évertuons à penser qu’ils nous détestent. Etre conservateur, ce serait donc se référer à des hommes et femmes du passé, à la social-démocratie historique. Mais aussi construire une pensée politique en tenant compte des expériences passées, refuser un socialisme hors-sol, ou simplement dans l’air du temps, comme l’ont été le social-libéralisme des années ’90, voire le néo-socialisme des années ’30.

Voilà pourquoi, Christian, cher camarade, je me battrai – avec toi – pour un papier sur la sécurité socialiste, même s’il n’est pas dans l’air du temps. Je me battrai aussi pour que le projet socialiste réformiste reste au cœur du programme qui remplacera celui de 1981.

Si pour mon père, mais aussi pour certains militant-e-s socialistes, des mots comme « camarades » et « socialisme » fleurent bon la naphtaline et n’ont plus beaucoup de sens aujourd’hui pour la population, alors nous devons être d’autant plus clairs sur ce que nous voulons. Moderniser le discours, mais pas renier les idées.

01:53 | Tags : socialisme, palme, levrat, ps | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | |