vendredi, 19 septembre 2008

CONSTITUANTE: réformer, oui, mais pour quoi faire ?

La campagne pour les élections à la Constituante bat son plein. Certains candidat-e-s se profilent comme « hors parti », champions de telle ou telle cause, représentant-e-s de telle ou telle association. D’autres fustigent les « corporatistes » qui veulent « nuire au processus réformateur ».

Sur Radio Cité, le journaliste Pascal Décaillet m’a d’abord demandé une proposition concrète. Ma réponse a semblé le renforcer dans sa crainte de voir siéger des représentant-e-s de groupes spécifiques, sans vision globale. Mais lorsque je lui ai répondu sur ce terrain, je suis alors (re)devenu un vilain gauchiste partisan d’un Etat omnipotent…

Vision de société

Pourtant, j’assume. Non pas que je sois un vilain gauchiste, non, peut-être un gentil, à la limite. Oui, je suis de gauche, je suis un socialiste réformiste, j’ai une vision de société. Et oui, je suis actif dans plusieurs associations, dont je souhaite relayer les revendications, car elles nourrissent et s’inscrivent dans ma vision de société.

Tant le rejet de la politique, de la différence entre la gauche et la droite d’une part, que, d’autre part, l’idée que les élu-e-s seraient des plantes hors-sol, qui n’ont ni ne doivent avoir aucun contact avec la « société civile », me semblent à la fois dangereux et sans lien avec la réalité. Il s’agit surtout de stratégies pour se profiler – dans le meilleur des cas – ou, pire, pour disqualifier l’adversaire.

Alors plutôt que de dire, comme certains – comble de suffisance –, avec qui je ne souhaiterais en aucun cas siéger, eh bien je dis d’abord que je souhaite en être ; et ensuite, que je siégerai volontiers avec toutes celles et ceux qui ont une vision politique, des causes à défendre et l’envie de travailler ensemble. Quelle que soit leur liste.

Pour ma part, j’y apporterai d’abord, comme d’autres, une vision socialiste démocrate. Le système capitaliste perpétue les injustices, l’oppression et les inégalités, c’est pourquoi je pense que la société doit être profondément réformée. A notre niveau cantonal, une nouvelle Constitution peut être l’occasion de réaliser quelque progrès : faire progresser les droits fondamentaux, consacrer le rôle de l’Etat dans le domaine des services publics et de la redistribution. Il ne s’agit pour moi ni d’un pure toilettage, ni de se concentrer uniquement sur le nombre de communes ou de député-e-s.

L’égalité, une valeur fondamentale

Handicapé de la vue dès ma naissance et actif depuis plus de dix ans dans les associations de personnes handicapées, je me battrai en particulier pour un renforcement du principe d’égalité et de non discrimination quel que soit le motif. La liberté n’a de sens que si la loi la garantit dans la même mesure à chacune et chacun ; pour le faible, c’est la loi qui libère.

En particulier, je m’engagerai pour que le canton et les communes mènent une politique globale en faveur de l’intégration et de l’autonomie des personnes handicapées, et aillent plus loin que le droit fédéral en leur garantissant un égal accès aux emplois, aux prestations et aux espaces publics.

A ce propos, en tant que membre de l’association « Rives publiques », je me battrai pour le libre accès des rives et contre leur privatisation. De même, chaque association dont je suis membre représente une cause qui me tient à cœur : les droits humains (Amensty), le droit au logement (ASLOCA), la protection des salarié-e-s et des services publics (SSP) comme celle des consommateurs et consommatrices (FRC), et la mobilité douce (ATE).

Toutes ces causes, je le revendique, je les défendrai dans une perspective réformatrice, celle d’un canton non pas amaigri et affaibli, mais fort, efficace et garant des droits fondamentaux et de la justice sociale.

14:47 | Tags : réforme, socialisme, égalité, etat, rives, handicap, logement | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer | |  Facebook | | |

jeudi, 11 septembre 2008

Il était une fois un 11 septembre…

Allende.jpgEncore une petite poussée de conservatisme révolutionnaire, je vous prie de m’en excuser. 35 ans jour pour jour après la mort du président chilien Salvador Allende, brutalement renversé par un coup d’Etat militaire, comment en tant que socialiste ne pas rendre hommage à cet homme d’Etat qui a osé entreprendre une véritable transformation sociale ?

Un Chilien m’a dit un jour : « C’est vrai que Pinochet était terrible, mais il nous a quand même sauvé du communisme… » J’ai changé de sujet, bien sûr. Mais qu’a donc fait Allende pour « mériter » la fin tragique que l’on sait ?

Redistribuer les terres, rendre au peuple la propriété sur les ressources naturelles, associer les salarié-e-s à la gestion des entreprises, augmenter les salaires. Et le tout démocratiquement, et même pendant longtemps grâce à un consensus dépassant la gauche. C’est sans doute en cela qu’il était si dangereux et c’est sans doute cela qui aura causé sa perte.

Aujourd’hui, j’entends souvent, à gauche comme à droite, que la gauche n’a pas d’alternative à proposer. C’est un peu vrai. Mais ce n’est pas une raison pour perdre toute audace, pour ne plus même y réfléchir. D’un autre côté, il serait vain pour la gauche de dessiner abstraitement les contours de cette alternative. Je l’ai dit dans un précédent billet : l’alternative se construit par petites touches.

Prenons l’exemple du logement. Garantir ce droit fondamental dans une Constitution, mener une politique de logement social, construire et gérer des logements à prix abordables via des fondations de service public, soutenir les coopératives d’habitation, c’est déjà esquisser l’alternative. Et tout le monde se rend compte que le marché seul ne répond pas aux besoins de la population.

Certes, la gauche est souvent meilleure gestionnaire que la droite. Mais ce n'est pas sa seule vocation; c'est lorsque la gauche y croit, donne un espoir, qu’on a vraiment envie de voter pour elle. Surtout quand elle s’efforce de toutes ces forces de concrétiser l’espoir une fois élue. Salvador Allende l’avait compris.

13:54 | Tags : salvador, allende, socialisme, alternative, logement | Lien permanent | Commentaires (20) |  Imprimer | |  Facebook | | |

mardi, 09 septembre 2008

Etre socialiste aujourd’hui?

Debatsocialiste.jpg« Etre socialiste en Suisse aujourd'hui! » C’est le titre d’un débat organisé par le PS genevois ce soir (20 heures, UOG, Place des Grottes). En tant que vice-président, j'aurai le plaisir de dire quelques mots de bienvenue à notre invité Christian Levrat, président du PS Suisse.

Hier après-midi, un journaliste m’a appelé au sujet de ce débat : il cherchait pour une émission de radio un jeune « bien de gauche », du genre « conservateur ». Evidemment, j’ai tiqué…

Un peu plus tôt, mon père – ce « commerçant jovial » – m’a appelé. Il venait de parler de mes premières blogueries avec ma mère. « Tu te présentes comme un révolutionnaire, me reproche mon vert de père déçu, je pensais que tu étais plus consensuel ! »

Aïe, je suis donc à la fois conservateur et révolutionnaire ? Cherchez l’erreur… En plus, mon paternel me voyait consensuel… Peut-être que je suis un peu de tout ça après tout… Peut-être que de mon point de vue, être socialiste, c’est un peu de tout ça.

Ces étiquettes ne me plaisent pas trop, mais bon.

Si révolutionnaire veut dire proposer une autre vision de société, une alternative au néolibéralisme, alors oui, le socialisme devrait l’être. Mais si révolutionnaire veut dire accoucher d’un tel projet du jour au lendemain, brutalement, alors non, ce socialisme-là n’est pas le mien. Non seulement parce que cela serait voué à l’échec, l’Histoire le montre, mais surtout parce que je suis, comme le disait avec fierté Olof Palme, un socialiste démocrate.

Un monde différent ne se décrète pas par en haut, il se construit. Par en bas. Démocratiquement. Quoi de plus consensuel, après tout ? La politique des petits pas, oui, mais en avant, en gardant en tête l’objectif. Des compromis progressistes, oui. Des compromissions, non.

« Pourquoi fais-tu référence à ces personnalités du passé ? » m’interroge à son tour ma mère. C’est peut-être pour ça que tant de journalistes voient tant de conservateurs parmi nous – eux qui s’évertuent à penser que nous les détestons alors que nous nous évertuons à penser qu’ils nous détestent. Etre conservateur, ce serait donc se référer à des hommes et femmes du passé, à la social-démocratie historique. Mais aussi construire une pensée politique en tenant compte des expériences passées, refuser un socialisme hors-sol, ou simplement dans l’air du temps, comme l’ont été le social-libéralisme des années ’90, voire le néo-socialisme des années ’30.

Voilà pourquoi, Christian, cher camarade, je me battrai – avec toi – pour un papier sur la sécurité socialiste, même s’il n’est pas dans l’air du temps. Je me battrai aussi pour que le projet socialiste réformiste reste au cœur du programme qui remplacera celui de 1981.

Si pour mon père, mais aussi pour certains militant-e-s socialistes, des mots comme « camarades » et « socialisme » fleurent bon la naphtaline et n’ont plus beaucoup de sens aujourd’hui pour la population, alors nous devons être d’autant plus clairs sur ce que nous voulons. Moderniser le discours, mais pas renier les idées.

01:53 | Tags : socialisme, palme, levrat, ps | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer | |  Facebook | | |